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À Saint-Clément-de-Rivière, des terres agricoles menacées par le « projet Oxylane »

Depuis près de 10 ans, Décathlon souhaite construire un centre commercial à Saint-Clément-de-Rivière. Les propriétaires du terrain convoité y sont favorables. La municipalité, moins tranchée. Les commerçants et associations, vent debout. Mais est-il encore possible de faire marche arrière ?

4 juillet 2021

champ convoité pour le projet Oxylane
Une partie des quelque 24 hectares que Décathlon souhaite acquérir sont cultivés en blé dur. © Eléonore Solé

La promesse de vente a été signée en 2012. Près de 10 ans plus tard, les 24 hectares de terres agricoles et de bois classés convoités pour implanter un « Village Décathlon » à Saint-Clément-de-Rivière (Hérault) n’appartiennent pas encore à l’entreprise d’équipements sportifs. En cause ? La multiplication des recours, déposés par le Collectif Oxygène et l’association Non au Béton, mais déboutés les uns après les autres. Un dernier, contre l’autorisation préfectorale au titre de la loi sur l’eau, est en instance à la cour administrative d’appel de Marseille. Le jugement tombera à l’automne. S’il est favorable à Décathlon, toutes les options de l’opposition seront épuisées.

Une opération à double intérêt...

Permis d’aménager, permis de construire, autorisation d’exploitation commerciale… La société Décathlon dispose de trois des quatre documents nécessaires pour sortir de terre le projet dit Oxylane : une vaste zone mercantile dotée d’au moins trois magasins (Décathlon, Truffaut, O’tera), de restaurants, d’un pôle médical, de quelques activités sportives et de zones agricoles – non constructibles. « Au-delà de l’opération commerciale, c’est une opération foncière », estime Jean-Michel Hélary, porte-parole du Collectif Oxygène. Car Décathlon pourra louer les différents emplacements du lieu aux autres acteurs.

L’objet des tensions est la propriété de plus de 25 personnes, regroupées en indivision familiale et représentées par Max Alain Castelnau. Lequel ne souhaite pas commenter publiquement l’affaire. Sollicité à plusieurs reprises, Décathlon n’a pas non plus voulu s’exprimer sur le sujet.

… pour la mairie aussi ?

Cette potentielle zone commerciale pourrait être un soulagement pour la commune. En 2020, la Cour des Comptes y relevait un « endettement alourdi par un emprunt en 2007 » pour construire un campus et « des irrégularités » de gestion. Grâce à diverses taxes locales, l’implantation du projet Oxylane constituerait un apport financier non négligeable. 

En tout cas, théoriquement. Pour Jean-Michel Hélary, « le bénéfice net ne sera pas très élevé », puisque Saint-Clément-de-Rivière aurait notamment à sa charge l’entretien des voiries créées et du réseau d’assainissement. Maire depuis avril 2018, Laurence Cristol (Union de la Droite et du Centre) n’a pas souhaité discuter du projet afin de ne pas « influencer » les procédures judiciaires en cours. 

Lorsque les premiers documents officiels ont été délivrés, en 2015, une partie de l’équipe municipale actuelle était déjà en poste. Selon Jean-Michel Hélary, Laurence Cristol aurait précisé que « même en tant que conseillère municipale, elle n’était pas vraiment au courant ». Un manque de transparence que déplorent toutes les personnes contactées localement. Mais pour le militant, l’ancienne municipalité n’a surtout « pas mesuré » ce qu’elle signait.

Ces dernières années, les soutiens politiques s’étiolent. En 2018, le préfet de l’Hérault a demandé le retrait du projet. Plus récemment, Michaël Delafosse, maire de Montpellier et président de la métropole, s’est notamment positionné en défaveur d’Oxylane.

commerces du centre-ville de Saint-Clément-de-Rivière
Des commerces prennent place au centre du village de Saint-Clément-de-Rivière. © Eléonore Solé
Du maraîchage plutôt qu’un centre commercial

Au cœur du village, les commerçants interrogés sont unanimes : « contre ». Le projet Oxylane mettrait en danger leurs activités, provoquerait des nuisances sonores et serait une source de pollution. De destruction d’espaces naturels et agricoles. « Ce n’est pas Décathlon qui va nous nourrir », s’exaspère une vendeuse, contrairement au projet alternatif porté par la Confédération paysanne de l’Hérault et le Collectif Oxygène. Celui-ci pourrait contenir des activités de maraîchage ou mettre ces terres à disposition d’un boulanger, désireux de produire sa farine localement. Mais sans la maîtrise du foncier, cette option ne peut que piétiner. 

« À l’époque, il n’y avait pas d’alternative au projet Oxylane », se remémore Irène Tolleret, députée européenne (Renew Europe) et, de 2014 à 2019, vice-présidente à l’agriculture de la Communauté de communes du Grand Pic Saint-Loup – l’intercommunalité dont Saint-Clément-de-Rivière fait partie. En 2015, elle a défendu la proposition de Décathlon, mais elle ne réitérerait pas de nos jours. « On ne peut pas, sur des terres arables à proximité de Montpellier, faire l’impasse sur un projet d’alimentation en circuit court. »

D’autant que l’argument des quelque 200 emplois créés par le complexe ludo-commercial serait un trompe-l’œil. Oxylane amènerait surtout « de la thune », avance la députée européenne, tout en n’étant « pas à la hauteur » des objectifs de développement durable et de la lutte contre le réchauffement climatique. Le site est d’ailleurs un corridor écologique, territoire de chasse pour des chauves-souris protégées. « Avec ce type de décision, on prend 10 degrés d’ici la fin du siècle. »

quartier résidentiel construit après la promesse de vente
Depuis la promesse de vente, un quartier résidentiel a été bâti près des fameux 24 hectares. © Eléonore Solé
En arrière toute !

Mais les documents officiels sont signés et presque débarrassés des recours judiciaires. En 2018, l’un de ces recours avait partiellement abouti : le permis d’aménager a été annulé en l’état, mais une demande de permis d’aménager « modificatif » a pu être déposée. Celui-ci a été accordé à Décathlon en 2019, sous le sceau de Laurence Cristol, qui a pris les rênes de la mairie suite à la démission de Rodolphe Cayzac en 2018. Démission dont les raisons demeurent inconnues.

Ce permis n’aurait pu être rejeté par la mairie que s’il avait été contraire au plan local d’urbanisme (PLU), atteste un avocat spécialisé en droit de l’urbanisme et extérieur à l’affaire. Aujourd’hui, si la municipalité retire l’une des autorisations délivrées, elle s’expose à ce que Décathlon puisse la poursuivre en justice. « C’est un risque qu’ils ne veulent pas prendre », rapporte Jean-Michel Hélary. 

Surtout que le terrain convoité par l’entreprise est le « plus bel emplacement » du coin, assène Alain Berthet, porte-parole de l’association Non au Béton. « Pour un commerce, c’est le rêve. » Au milieu de communes à fort pouvoir d’achat et, après les travaux prévus, largement desservi. 

Mais la commune a une porte de sortie. Elle peut lancer une procédure de modification du PLU afin de retirer les permis dont Décathlon a besoin, explique une notaire. Une nouvelle d’autant plus bonne que son PLU n’est pas encore définitivement adopté, l’enquête publique visant à d’éventuelles modifications s’étant terminée le 18 juin dernier. Il est toujours « possible de faire marche arrière », conforte Irène Tolleret en repensant à Notre-Dame-des-Landes, un projet à l’ampleur « autrement plus engageante ». Encore faut-il le vouloir.

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