Serge Zaka, coup de foudre sous le chapeau

Serge Zaka portant un chapeau

Serge Zaka, coup de foudre sous le chapeau

Petit, Serge Zaka ouvrait les fenêtres lorsqu’un orage tonnait. Des années plus tard, il vit sa passion pour la météorologie de jour comme de nuit, accompagné de son emblématique chapeau et d’un groupe d’amis. De ceux qui sont restés et du souvenir de ceux partis.

1er septembre 2021

Serge Zaka portant un chapeau
Qu'il soit en chasse à l'orage ou non, Serge Zaka n'ôte jamais son chapeau. © Eléonore Solé

« On va dire que je suis né pour ça. » Assis dans l’herbe du parc de Saint-Bauzille-de-Putois, dans le Gard, Serge Zaka pourrait discuter sans répit de cette passion l’obnubilant depuis ses « premiers souvenirs » : la météorologie. En témoignent les relevés manuscrits accumulés depuis l’école primaire. « J’ai une feuille par jour, souligne-t-il, impressionné par sa propre assiduité. Les professeurs étaient au courant, ils me laissaient la place à la fenêtre parce que je notais le temps qu’il faisait toutes les demi-heures, la température, le nombre de millimètre tombés… »

À l’ère des stations automatiques, sa ferveur s’est estompée, mais ses archives sont conservées précieusement. Papa d’une enfant de presque quatre ans, le plus si petit garçon n’a jamais détourné ses yeux du ciel, jusqu’à devenir chercheur en agrométéorologie – la météorologie appliquée à l’agriculture – dès 26 ans. « J’ai toujours été le plus jeune dans ce que je faisais, de très loin d’ailleurs. Mais ce n’est pas que je suis surdoué, c’est juste la passion. » Doublée d’une envie insatiable de faire avancer la science concrètement, pour que ces avancées soient utilisables par tout le monde.

Course derrière l'éclair

Épris des douceurs et des colères du ciel, l’homme de 32 ans succombe davantage à ses colères. « Ma mère fermait toutes les fenêtres quand il y avait de l’orage, et moi je les ouvrais tout le temps », avoue-t-il en riant. À l’adolescence, au lieu de s’agglutiner au kebab du coin avec ses amis, ils partent à la poursuite des orages. L’intérêt étant de dégoter la plus belle photo, mais également de partager un « moment de convivialité » avec les autres chasseurs. Un peu de musique, une bière, une clope, et l’attente de la foudre se fait plus plaisante.

« Tout seul, c’est pas pareil… Parce que, déjà, j’ai peur », reconnaît-il. Il faut dire qu’une forêt, lors d’une nuit orageuse, n’a pas grand-chose de rassurant. Accompagné, il se sent plus en sécurité et les discussions vont bon train. « Quand tu parles d’orage à ta famille, ils en ont marre au bout de trois heures, s’exclame-t-il sans ironie. Alors que quand tu parles à tes potes, ils t’écoutent ! »

Derrière cette blague, cet amoureux du temps porte une grande affection, mêlée de reconnaissance, à sa famille. « Ma femme a le courage de vivre avec moi, parce que vivre avec un chasseur d’orages passionné ça n’est pas toujours facile. À 21h, il part de table d’un coup parce qu’il doit chasser l’orage. » Un quotidien d’autant moins simple que, durant ses traques, il joue avec la mort. Cette mort qui ne l’effraie pas, en tant que réfugié de guerre du Liban. À ses deux ans, ses parents ont dû quitter son pays natal. « Ça remet en avant les choses importantes et basiques de la vie : l’alimentation, l’environnement, la famille. »

Naturellement, sa femme s’inquiète de ses activités nocturnes. Ni une ni deux, il active la géolocalisation de son téléphone pour être traçable en temps réel. « Si je ne suis pas rentré le lendemain et qu’elle voit que je suis mort dans un fossé, elle vient me chercher. » Un réflexe qui ne doit pas manquer de la rassurer… Alors il assène que sa vie est belle, au quotidien comme sur le long terme, et que si un éclair devait mettre fin à ses jours, il serait « mort sur scène ». Une fin heureuse. « C’est ce que je dis tout le temps à ma femme… Elle est moins d’accord ! »

Passion hors norme

Cigarette électronique posée, ses mains arrachent mécaniquement l’herbe devant ses pieds. « J’ai un trou là et un trou là, admet-il en pointant sa barbe. Je m’arrache les poils, c’est le seul TOC que j’ai… avec les Big Mac et le chapeau ! » Son emblématique chapeau de cow-boy qui, malgré l’ombre protectrice d’un arbre, reste vissé sur sa tête. « C’est un subtil mélange entre les chasseurs d’orage, généralement américains, et l’agriculture où l’on a cette idée du paysan avec un chapeau. »

La passion et les idées claires malgré un regard en l’air, cet autodidacte s’est dirigé vers la filière agricole sur un constat tranchant : « un manque de connaissances scientifiques au niveau de la météorologie ». Pour cause, en France, il n’existe qu’une dizaine de personnes spécialisées dans ce domaine. « Alors que la météo est la base de l’agriculture », s’offusque ce mordu du ciel, entre deux vapotages sur sa cigarette. Après son doctorat, portant sur l’impact du changement climatique sur les prairies fourragères, il pouvait opter pour plusieurs centres de recherche. « J’ai choisi celui où il y avait le plus d’orages », se rappelle-t-il.

Car son engouement frôle parfois l’obsession. « Je peux devenir extrêmement anxieux si je suis enfermé quelque part alors qu’il y a de l’orage dehors et que je ne peux pas le voir. » De là, des proches et des inconnus lui ont suggéré de passer le diagnostic de l’autisme, « trois ou quatre fois ces deux dernières années ». Bien qu’il n’en ressente pas le besoin, la redondance l’intrigue. Un jour, ce chasseur d’orages ira chercher une réponse, mais ça ne changerait « strictement » rien.

Sous le chapeau

Son chapeau, l’un des rares objets auquel il accorde de l’importance, est un atout considérable pour son identité visuelle. « On se rappelle de qui tu es mais surtout, quand on te voit, on t’écoute », affirme-t-il, avant de nuancer en rigolant… « Maintenant, on ne me dit plus “je t’ai vu à la télévision”, on me dit “j’ai vu ton chapeau à la télévision”. »

Puisque, régulièrement, il se prête au jeu de la vulgarisation scientifique. Dans les médias traditionnels, d’une part, mais également sur les réseaux sociaux Twitter et Linkedin. À ses yeux, il s’agit de « descendre de la tour d’argent de la recherche pour aller au niveau des personnes concernées », ce qui revêt une importance particulière.

Enfouis sous son chapeau, des souvenirs le poussent à se consacrer à la transmission. En prépa, l’un de ses amis s’ôte la vie. « J’ai commencé à m’arracher les cheveux. » Les années passent, avant qu’un autre ami fasse le même geste. « Il était très dans l’environnement et l’agriculture, il ne supportait plus de voir le déroulement du monde. » Des cheveux, ses tics nerveux s’orientent vers la barbe. Et ses convictions scientifiques s’ancrent encore plus profondément : « Ce que je fais, c’est aussi en son honneur. »

François Walraet. Maïs, orge, blé et syndicat

François Walraet

Du haut de son tracteur, François Walraet souhaite « faire comprendre aux gens ce qu’est le métier [d’agriculteur] et ce dont a besoin l’agriculture pour ne pas aller dans le mur ». Engagé auprès de la Coordination Rurale, ses convictions sont aussi bien plantées que son blé.

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