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Les fruits et le moral gelés de Maurice Andral

Dans le Tarn-et-Garonne, Maurice Andral est l’un des agriculteurs les plus touchés par les gelées noires. Arboriculteur, il nous confie les conséquences de ses pertes de récolte.

22 mai 2021

Maurice Andral
Maurice Andral posant devant son verger. © Maurice Andral

Maurice Andral est arboriculteur à Moissac, dans le Tarn-et-Garonne. Au sein de son département, il est l’un des agriculteurs les plus touchés par les gelées noires d’avril. Un phénomène climatique ayant ravagé les arbres fruitiers et les vignes françaises. Car les bourgeons, qui avaient pointé le bout du nez suite aux températures clémentes de mars, ont été glacés à coeur. Sur ses 30 hectares de pruniers et de pommiers, plus de 21 ont gelé à 100 %. Le reste, à plus de 50 %. Bougies, éoliennes, aspersion d’eau… Aucun système anti-gel n’a permis de suffisamment les protéger.

Comment vous sentez-vous ?

C’est très dur pour moi. Certaines nuits, je ne vous cache pas que j’ai du mal à dormir. Heureusement, j’ai des amis et un entourage. Nous sommes habitués dans l’agriculture à avoir des moments durs. On arrive toujours plus ou moins à les surmonter. Mais j’ai 62 ans. J’ai fini pratiquement tous mes investissements. Si ça m’était arrivé quand j’avais 45 ans… Je ne sais pas comment j’aurais réagi. Sûrement très très mal. Si j’avais 45 ans, je serais obligé de me retourner et d’avoir une autre vision.

Quelles sont les conséquences des gelées noires pour vous ?

C’est un gros incident de trésorerie. Je perds à peu près 1 500 tonnes de marchandise, ce qui représente entre 7 et 800 000 euros de chiffre d’affaire. J’espère toucher aux alentours de 5 000 euros à l’hectare avec le régime calamité, mais ça ne couvre que l’entretien de mes vergers. J’ai en moyenne 14 personnes salariées à l’année. Toutes ces personnes-là, je suis obligé de les licencier. Et, à partir du moment où l’on ne produit plus, on perd une grosse partie des marchés. Il faudra deux ou trois années pour rattraper certains clients. Certains, on ne les rattrapera peut-être plus.

Comment envisagez-vous la suite ?

Je ne sais pas si je ne vais pas prendre ma retraite. Arrêter. Et sinon… Aller à une banque et emprunter sur 4 ou 5 ans pour pouvoir faire face. Donc aujourd’hui, je me pose une question : est-ce qu’il faut que je continue ou est-ce qu’il faut que j’arrête ? Quand on aime son métier, ça fait toujours mal au cœur. C’est mon métier depuis 1984. J’ai monté ma structure tout seul. J’étais tout jeune, j’ai arrêté d’être chauffeur routier pour monter la structure que j’ai aujourd’hui. J’ai acheté les terres. J’ai démarré avec rien du tout.

Les agriculteurs ont-ils un accompagnement psychologique suffisant dans ces situations ?

Je ne pense pas. Ce n’est pas logique qu’il y ait autant d’agriculteurs qui se suicident. Quelque part, il doit manquer quelque chose. Personnellement, je n’y ai jamais pensé. Mais certains de mes collègues… Quand on en a parlé, oui, ils ont eu l’idée de se suicider. Ces gens-là ont déjà une famille, ils sont entourés. Nous, en tant qu’agriculteurs, nous sommes une équipe très solidaire. Quand on voit quelqu’un d’un peu faible, on essaye de l’encadrer, de lui dire « attention, ne fais pas de bêtise, on est là ». On est tous là. Mais malheureusement, je crois que les agriculteurs qui ont ces idées noires, souvent, ils sont harcelés par les banquiers. Et à un moment donné, ils dégoupillent.

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