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François Walraet. Maïs, orge, blé et syndicat

Du haut de son tracteur, François Walraet souhaite « faire comprendre aux gens ce qu’est le métier [d’agriculteur] et ce dont a besoin l’agriculture pour ne pas aller dans le mur ». Engagé auprès de la Coordination Rurale, ses convictions sont aussi bien plantées que son blé.

17 novembre 2020

François Walraet
Céréalier dans l'Allier, François Walraet s'est engagé syndicalement lors des élections à la Chambre d'agriculture, en janvier 2018. © Coordination Rurale

Muni d’une thèse en « physique des plasmas », François Walraet n’a « presque pas une tête d’agriculteur ». À 44 ans, ce père de trois filles cultive 333 hectares de céréales. Une coïncidence des nombres derrière laquelle se cachent d’autres hasards. Un premier, lorsque son père décide de transmettre lesdits hectares. À l’époque enseignant en mathématiques et physique-chimie, il se penche sur le métier d’agriculteur et réalise « que c’est passionnant ! ».

Environ trois ans après la reprise du domaine familial, il embrasse un second hasard de vie. Lors des élections syndicales à la Chambre d’Agriculture de l’Allier, son département. Bien que « jeune dans le domaine agricole », celui qui ne considérait pas l’engagement syndical « comme la chose la plus importante » est contacté pour figurer sur la liste de la Coordination Rurale. Un syndicat dont le discours est « offensif vis-à-vis de l’ordre établi », affirme sans détour le nouvel élu.

Désormais président de la Coordination Rurale au niveau de l’Allier et de la région Auvergne-Rhône-Alpes, il endosse plusieurs rôles. Celui de porter la voix du syndicat localement, d’une part, mais surtout celui de « récupérer les doléances des adhérents et des non adhérents » pour les faire remonter au bon interlocuteur. Quant aux manifestations, « sincèrement on en fait de moins en moins, ça ne donne pas forcément une bonne image de l’agriculture », constate l’homme aux lunettes rondes.

Un peu de colère, beaucoup de convictions

S’il concède « avoir un peu suivi les traces des anciens » en adhérant à la Coordination Rurale, puisque son père y était, François Walraet est « touché » par leurs combats. Des combats sur lesquels « on est quand même plutôt seuls » face aux autres syndicats, dont la FNSEA – le syndicat majoritaire auprès des agriculteurs. « On a l’impression qu’il y a une pensée unique dans l’agriculture, mais certains ont d’autres façons de penser, et c’est bien de les écouter également » souffle-t-il.

Parmi les causes auxquelles il est particulièrement attaché, il identifie « deux leviers importants » : le progrès technologique, et des prix rémunérateurs. Ce dernier étant illustré par « le slogan fondateur » de la Coordination Rurale, « des prix pas des primes », en référence aux subventions accordées aux agriculteurs. Juché sur son tracteur pour « finir avant qu’il fasse nuit », le céréalier apprécie que l’on reconnaisse « sa ferme comme une entreprise ». Or, « on n’imagine pas une entreprise qui ne subsiste que grâce à des subventions ! ».

Cette vision, « l’ADN du syndicat », est complétée par l’adhésion au progrès scientifique. Marqué par sa thèse, l’ancien professeur se sent « tout particulièrement touché » par ce qui gravite autour de la recherche. Un attachement peut-être héréditaire : « Mon père me racontait que le jour où Spoutnik 1 [satellite lancé par l’URSS, ndlr] est arrivé dans l’espace, mon grand-père disait que ça servirait forcément un jour. Maintenant, si on n’a pas de satellites on ne peut même pas acheter le pain parce qu’on n’a plus de GPS ! »

L’agriculteur aux mains propres

Lorsque certains acteurs publiques jugent la recherche inutile voire nocive, François Walraet s’emporte. « Ça me fout les jetons » lâche-t-il, « être obscurantiste à ce point-là, je ne comprends pas ». Qu’il s’agisse de recherches sur les semences ou sur les organismes génétiquement modifiés (OGM), l’homme estime qu’elles ont leur importance. « La recherche OGM ce n’est pas forcément du maïs résistant au Roundup, c’est des semences qui résistent aux maladies ou à la sécheresse » cite-t-il comme exemple, la voix pleine de rancœur.

Son éducation scientifique lui a laissé quelques réflexes. « Systématiquement, j’ai des gants de travail, tout le temps tout le temps tout le temps » répète-t-il, ne voyant pas l’intérêt « de vouloir à tout prix travailler à mains nues pour finir avec des mains noires ». Ce qui lui a valu des remarques amusées d’un collègue : « T’as pas des mains d’agriculteur toi, t’as des mains d’informaticien ! ».

Mais cette attention portée à son corps semble lui servir. Surtout dans son rôle de syndicaliste. « Sincèrement, quand on se pointe en réunion les mains propres et qu’on est présentable, c’est bête à dire, mais ça change absolument tout sur sa crédibilité » dit-il avec lucidité. Un détail qui l’aide à obtenir « ce qu’il manque », c’est-à-dire la reconnaissance que les agriculteurs français ne produisent pas dans les mêmes conditions que dans d’autre pays. Que le jeu n’est pas équitable, en somme.

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